Comme toute chose, il me fallait un début. Je ne suis pas très douée, encore moins pour les débuts. On dit souvent que le début est le plus difficile, c'est vrai. Notons tous la catastrophe des débuts d'une rencontre, d'une relation, d'une guerre, du goût de piment, de choux fleur... Moi, je cherchais un début. Et puis, j'ai pensé à lui. C'est ainsi que je me suis rendue compte que le début était certes, le plus difficile, mais il était également la partie de notre existence que nous nous efforçons d'oublier. Puisqu'un début engendre une fin, quand je pense à lui, je pense toujours à la fin. La fin a, contrairement au début un avantage. On sait qu'elle arrivera. On ne sait pas quand mais elle arrivera.
« Sandra, nous ne sommes rien, nous allons nul part. » A l'instant où je lus ses mots, je ne sais combien de tonnes sont venues s'échouer sur mes épaules. Comme pour rendre cette charge le plus difficilement supportable, un vent frais désorientant me prit par derrière. Aucune défense n'était envisageable. Comme pétrifiée, je me sentais tomber. Pire, je m'enfonçais. Je ne voyais plus le fond. Tout me lâchait, lui, mon présent, mon passé, mon futur...
C'est à cet instant que l'humain blessé devient psychologiquement instable. Le temps se mélange, les sens ne fonctionnent plus, vous perdez 10 ans, puis 10 kilos. Vous redevenez soumis, et embryonnaire. Votre sourire vous écorche vif, vos larmes vous mitraillent, leurs regards vous humilient. Vous n'êtes plus l'être aimé, souriant et pris pour cible par la jalousie d'autrui. Vous êtes l'être abandonné, déprimant et idiomatique. L'humain suscite diverses réactions face à la peine d'autrui. La plus courante est la suivante. Les êtres malheureux sont réberbatifs, inintéressants, mais avant tout : déprimant. La déprime fait peur, la déprime vous éloigne de vous-même et les autres s'écartent de vous. Avant, vous pouviez tenter d'être les ailes de vos proches. Grâce à lui, vous devenez le lourd bagage qu'ils se doivent de porter. Les plus courageux vous tendront la main, vous leur cracherez dessus. Vous ne connaissez plus respect ni remerciement. Vous allez parfaitement bien et n'avez besoin de personne, même pas de lui. Vous êtes persuadé que les autres sont trop stupides pour comprendre, trop faibles pour vous aider. Vous criez à l'aide mais ne voulez personne. Vous voilà au point culminant du pathétique.
Maintenant si cela devait se reproduire et qu'il me dise : « Sandra, nous ne sommes rien, nous allons nul part. » j'aurais l'intelligence d'esprit de lui répondre " Comme tout le monde. »